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Riochet n’a jamais rédigé ni de CV, ni de biographie.
Il tente donc ici de donner pour la première fois des éléments pour se faire.
Attention, c’est long.

 

Il vit en Occitanie et a fait des études

Riochet, occitan d’adoption (dans les environs d’Alès, France), né en 1944 à Casablanca (Maroc), mal voyant, est menuisier (CAP Nice, 1959). Bac Mathématiques, licencié en Lettres, certifié en épistémologie, maître en philosophie (Sorbonne, Juin 1968), IIIème cycle d’Histoire, ancien élève de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris), ancien chercheur au CNRS, doctorant en démographie historique (“L’équilibre des populations et des subsistances”) et diplômé en journalisme (Centre de Formation des Journalistes – CFJ Paris).

 

En 1964, il rencontre Michel Clouscard

En 1964, âgé de 20 ans, il rencontre Michel Clouscard (philosophe et sociologue) au café le Old Navy, boulevard Saint-Germain à Paris. L’auteur de l’Etre et le Code va lui offrir son amitié. C’est en Corse, à Ile-Rousse, Miomo, Bastia et Calvi qu’avec René Caumer (le frère de Riochet), Louis Schiavo et Dominique Pagani, qu’il participe à la fondation et aux activités de ce qu’ils nommeront l’Ecole de Corse. Leur amitié permettra notamment à Michel Clouscard non seulement de trouver une « famille » mais encore une équipe autour de lui qui l’aidera à produire une œuvre conceptuelle considérable. Dans « De l’amitié », sous-titrée « Manifeste de la complicité de classe », Riochet rend compte de cette aventure exceptionnelle. « De l’amitié » sera prochainement publié par le magazine Riochet.net.

 

 Son Mai 68

La sorbonne

Mai 68 le surprend en fin de maîtrise de philosophie. Il participe au service d’ordre de certaines manifestations. Puis il sera chargé de la “protection rapprochée” du professeur Vladimir Jankélévitch, chargé de la chaire de philosophie. Jankélévitch sera le seul enseignant autorisé à enseigner pendant cette période dite révolutionnaire. “Janké” voulait aussi manifester. Le comité de grève de la Sorbonne craignait que ce vénérable monsieur ne reçoive un coup de “bidule”, longue matraque en caoutchouc que les CRS d’alors utilisaient abondamment. Riochet fut donc parfois chargé de tromper “Janké” pour lui faire rater une protestation de la rue. C’est ainsi que Riochet se retrouva à quelques reprises dans l’appartement de Vladimir Jankélévitch dépité, qui lui jouait du Ravel ou du Debussy au piano alors que la maitresse de maison lui confectionnait des gâteaux.
Riochet a toujours proclamé qu’il mesurait l’amour qu’on lui porte au nombre de gâteaux qu’on lui offre (à bon entendeur salut).
Scandalisé par les dégradations portées aux peintures exposées à la Sorbonne, il crée “un groupe de protestation” qui aura les honneurs de la une du quotidien Le Monde.
Il adhère au PCF en Janvier 1969.

 

Une vie professionnelle agitée

Ancien journaliste grand reporter à Stratégies (journal professionnel destiné aux publicitaires, fondé par Christian Blachas producteur de “Culture Pub”, 1972-1981). Il crée Le Journal de la presse (avec Emmanuel Voisin), le Journal des librairies, Livres en vente à Paris, Salut les bouquins!, le Journal des auteurs, Faits et chiffres de l’édition. Tous ces journaux furent édités par un petit groupe, SARL au capital de 2000 francs dont il avait le contrôle intégral : Presse Interprofessionnelle. Et but!, le journal Et but! était un petit hebdomadaire destiné à l’équipe de foot de son fils, équipe qu’il a co-entrainée pendant 6 ans. Tiré à 100 exemplaires sur une photocopieuse, Et but! eut son heure de gloire lorsque Michel Platini himself accorda un entretien qui occupa la double page centrale. C’est dire la moitié du journal. Dans cet entretien Platoche concéda bien volontiers avoir pour lecture principalement non pas un Schopenhauer mais des bandes dessinées.
Il fut pendant plusieurs années responsable de la page Culture à La Presse Nouvelle Magazine (mensuel progressiste juif de l’UJRE – Union des Juifs pour la Résistance et l’Entre-aide). Il crée sur Radio Génération 2000 le Quotidien des écrivains (11h-13h).
Il a été journaliste à L’Humanité, à L’Humanité Dimanche (pages Invités), à la Vie ouvrière, à la Nouvelle critique, à La pensée, au Quotidien de Paris et Télépro, journal belge.
Il convint Julien Green de venir à la fête de l’Humanité et de dédicacer aux visiteurs un exemplaire de chacun de ses livres. Il ouvre les colonnes de l’Humanité Dimanche à Pierre Richard pour que celui-ci parle de Che Guevara. C’est la première fois que cet hebdomadaire du PCF parlait du Che. Il parvient à offrir à Raymond Devos trois pages (dont la Une) de l’Humanité où le comique s’imagine vivre en 1789 (cet article est paru à l’occasion du bi-centenaire de la Révolution Française, que Riochet a été fêter à Moscou).

Il termine ces publications avec le journal de Robert Morel “Le Q”, dans lequel il publie deux nouvelles traitant des mœurs sexuels des tortues. Robert Morel, écrivain, éditeur et dessinateur illustrera ces textes. Il décèdera peu après.
Il ne faut pas non plus oublier que le journal Le Monde publiera en 1978 en page 2 “Idées” un article de lui intitulé “Et pourtant je reste communiste”. Dans cet article, il affirme que l’URSS ne pourra pas résister aux coups portés par le capital inter-subjectif américain.
En 1984, Radio-Libertaire lui accorde une émission de 2 heures au cours de laquelle il a tous loisirs d’essayer de raconter le parcours entre deux eaux de ce que l’on nommait alors « la pieuvre verte » : le groupe Hachette.
Il a participé au CERM (Centre d’Etude et de Recherche Marxiste) qui a édité de lui “Pour une anthropologie marxiste-léniniste” (1973).

 

Une profession libérale

Amateur excessif d’acronymes, Riochet choisit GEMM parce qu’il aimait bien cela. Il a créé et dirigé le GEMM (Groupement d’Etudes de Marché et de Motivation) et il fut le responsable du marketing de la ville de Dieppe. En 1974, il est chargé d’études à la SOSI (Société d’Organisation des Systèmes Informatiques). Il crée et anime avec Michel Golchman l’IRCIDE (Institut de Recherche de Communication et d’Information pour la Décision).
Il fut aussi audit d’entreprises comme Les Centres Leclerc, Unilever, Danone ou Colgate-Palmolive. Il leur propose notamment dans les années 75 une analyse des comportements filmés par caméscope des acheteurs aux points de vente. Selon les Douanes, il est le premier français à avoir introduit sur le territoire un caméscope Sony.

 

Dès 1975, il produit des docus

DV-2400 portapack VTR SONY

En 1975, ce caméscope Sony se composait d’une “caméra électronique” de 5 kilos, d’un moniteur de contrôle avec transformateur de 11 kilos et un lecteur de 7 kilos. On appelait cela alors un portable. Avec cet engin, il produit 3 documentaires.

“Camarades”, un reportage sur sa cellule de quartier du PCF, avec autorisation du bureau politique.

“Clouscard”, une série de captations de Michel Clouscard, son ami.
Enfin, il filme un magistral strip-tease de la peintre Raquel, alors illustratrice des textes de Michel Butor.

 

Son premier Amstrad

L’étonnant site obsolete-tears.com s’acharne depuis des années à garder mémoire du passé des jeux vidéo et des vielles bécanes de l’informatique. A la demande de ce site que l’on ne peut pas ignorer : obsolete-tears.com Riochet va y raconter son « son premier Amstrad ». En voici la reproduction. Attention c’est mammouthement long. Le lecteur aura peut-être intérêt à sauter cet article :


Christian Riochet nous compte ses débuts dans le monde de la Micro Informatique, avec un grand nom de l’époque : Amstrad, mais à cette époque, il n’est pas aussi facile que ça de se mettre à l’info !

Par Chrtistian Riochet.

C’était vers la fin des années 70.

Internet, l’ordinateur et moi.

En bon parisien, je marchais Boulevard Sébastopol, le nez au vent , l’oeil sur les putes du coin (s’en est encore bourré…) et je révassais tout juste à ma condition d’être humain.
Depuis quelques mois revenait un refrain: « L’ordinateur ».
Etant de nature plutôt curieuse, je tendais l’oreille et riais! Les ordinateurs maintenant… Ce qu’ils vont pas chercher! Pourquoi pas aller sur la Lune? Il faut dire que depuis 68, c’était fait par les américains.
De plus je savais -car je sais ces genres de choses- qu’IBM avait équipé Hitler en ordi (cartes perforées) pour gérer les camps de concentration et l’extermination industrielle des Juifs et autres communistes, pédérastes et tziganes.
Car les Juifs ne sont arrivés avec IBM qu’après 43 et la conférence de Wanze sur la solution finale… Bref, me dis-je alors: »L’ordinateur! » Et pourquoi pas internet?
Il faut dire que j’avais des copains aux Arts et Métiers qui travaillaient avec ces trucs modernes et étranges.
Une fois, je passais voir l’un d’eux et le vis taper sur son clavier et attendre, en regardant l’écran. Je lui dis: « Que fais-tu? »
Il me répondit: « Je demande à un collégue à Los Angeles s’il a l’édition de 1878 de Darwin »
Je me suis assis calmement et je lui ai dit: « Pardon? Tu fais quoi? »
Il m’a dit: « Attend… Il l’a. »
Je me suis levé, je me suis calmé et je lui ai dit: « Qu’est ce que tu viens de faire? »
Il m’a dit: « Je viens de demander à un copain à Los Angeles s’il avait un livre et il vient de me répondre qu’il l’a. »
Internet venait de naitre sous mes yeux.
Il a fallu que j’attende la fin des années 90 pour voir internet naitre pour le grand public.

25 ans se sont donc écoulés.
C’est pourquoi, vers 1975-76 par là, je pensais aux ordis en me baladant sur le Boulevard Sébastopol à Paris. Un magazin me saute au visage avec sa vitrine tapageuse: AMSTRAD POUR 1768F (du genre, je ne souviens pas du slogan exact).
Amstrad? Je ne savais pas ce que c’était.
Je regarde: un ordi dit donc!
je rentre, j’achéte, je pars, je me retrouve chez moi. J’ai un ordi, je suis moderne.

Boisgonthier et moi

Je suis fier, je suis content, je suis moderne et je suis dans la merde.
Je n’y connais RIEN.
Je suis le petit mode d’emploi, je branche trois fils, je connecte le clavier, je branche l’électricité et j’ai une petite télé, les mecs!
Géant.
Je mets une disquette, je tape selon le mode d’emploi et … Rien.
Là, je commence à avoir peur pour mon pognon.
Les trucs modernes, c’est géant, mais faudrait voir à voir.
C’est quoi ce machin?

J’ai passé deux-trois jours, en vain.
J’avais une petite télé, mais rien d’autre que de la neige. Ca commençait à faire et à bien faire. Je ressors de ma taniére et je fonce chez un libraire spécialisé sur les trucs moderne.
Librairie Dunod. Je ressors avec un livre, du style: « Comment bien utiliser son Amstrad », par Jacques Boisgonthier.
Super.
Je rentre chez moi, j’allume ma petite télé et trois heures plus tard, le bouquin traverse la piéce et s’écrase contre le mur. Le chat fout le camp et je suis sûr d’avoir perdu du pognon. Je me calme et je me dis: »T’es un pro des méninges, t’es un cador, va mec, appelle Boisgonthier ».
Deux jours après, je vois arriver un type grand, maigre, à vélo, avec des pinces à linge qui tenaient les bas de ses pantalons et qui me dit: « C’est vous Riochet? Où est l’Amstrad? »
Il m’a expliqué et j’ai compris.
J’ai travaillé 9 ans avec cette machine.
Elle est tombée deux ou trois fois de mon bureau, je l’ai remise en place et elle marchait. Je suis entré dedans et elle ne m’a jamais trahie. Je suis parvenu à des prouesses techniques avec ce truc de traitement de texte de merde à la con.
Je ne vous parlerais pas technique.
Amstrad n’existe plus et je ne vais pas révéler des trucs, astuces et secrets qui n’appartiennent qu’à Boisgonthier et moi. Mais je voulais raconter pour Obsoléte cette anecdote vécue, qui montre les déboires et les bonheurs d’un vieux con qui toucha son premier Amstrad à la fin des années 70 et qui en garde un souvenir ému et jaloux.
Merci Nicolas Gilles de permettre la revivance d’un passé qui n’est pas obsoléte.

EPILOGUE: JE ME LE SUIS FAIT PIQUER

Je l’aimais beaucoup, mon Amstrad.
Un soir, je rentre chez moi, la porte est ouverte, le chat n’est pas là, mon coeur bave à la poupe : j’ai été cambriolé ! Le poste de radio-réveil, le Polaroïd, partis, la télé 3 chaines noir et blanc est là, le vase de ma grand-mére… L’AMSTRAD !
Je fonce.
Ils avaient piqué l’Amstrad.
C’est comme ça qu’il a disparu. Comment voulez-vous qu’ils s’en servent? Mon Amstrad est impénétrable et ils n’arriveront jamais à savoir même que Boigonthier existe. Mon Amtrad a dû mourrir dans un coin de merde, puisque c’était pas une télé nouvelle génération.

Je ne l’ai jamais oublié.
Et je suis sûr que lui non plus ne m’a pas oublié.

 

Et aussi une vie associative

Président de l’association des Amis de la rue Pasteur (Saint-Ouen, 93), il a dirigé pendant plus de 10 ans deux galeries d’art : “La galerie des amis de la rue Pasteur” et “Le marchand de Couleurs”. Il est à l’origine du Festival de la presse à l’écran. Il fut pendant 20 ans président d’une association de locataires et co-propriétaires (Paris). Il a créé l’ADPS (Association de Défense des Petites Salles de Spectacle), présidée par Peter Ustinov. Il a créé et préside toujours l’association des Porteurs de Chaussettes (Association de défense du droit de porter ou pas des chaussettes, première et seule association de consommateurs de chaussettes, 1987). Il a créé et dirigé BabelGame, un site pour amateurs et professionnels de jeux vidéo (1999-2002).
Il adhère à la CGT en 1964.

 

La galerie des Amis de la rue Pasteur

Rue Pasteur à Saint-Ouen, il crée une association qui réunit les habitants de cette rue qui ont des activités artistiques. Longue de 365 pas, la rue Pasteur abrite 110 personnes de 17 nationalités différentes qui participent à cette association. Riochet crée à cette occasion un journal pour fédérer les partisans. Pour devenir partisan, Riochet instaure une règle inviolable : il faut être géographiquement raciste. Ceux qui ne sont pas de la rue Pasteur ne peuvent pas devenir partisan. Ce racisme géographique provoqua la création de 5 associations des Amis des rues avoisinantes. Afin de trouver une galerie pour exposer ces artistes, il squate délibérément 30m2 au marché Ottino, ouvert les mardi, vendredi et dimanche, qui regroupe 72 commerçants. Pendant 11 ans, à chaque Marché, de 5 heures du matin à 13 heures, il va tenir cette galerie. Il a le culot d’interpeller le maire de Saint-Ouen (gestionnaire) pour lui réclamer de repeindre en blanc les murs sales et d’installer des projecteurs. Il obtient gain de cause.
Un vilain jour, un député du Front National avec tout son aréopage vint lui assurer qu’il était prêt à financer cette initiative. Riochet faillit avoir une crise cardiaque.
Là, par périodes de 2 mois, il expose ses Amis.
Le Parisien Libéré consacrera une page à cet évènement.
Son assiduité lui vaudra l’honneur de disposer des clés du Marché Ottino qu’il ouvre à 5 heures du matin aux 72 commerçants.

 

Il a exposé

Dans la galerie de la rue Pasteur, il s’adjuge une exposition de 2 mois, durant laquelle il reconstitue son atelier. Trois fois par semaine, il change d’accrochage et exposera ainsi plus de 500 œuvres.
Il squate le quincailler de Saint-Ouen, fermé depuis 2 ans, où il ouvre là une galerie : « Le marchand de couleurs ». Il y restera 2 ans.
Le curé de l’église lui offrira un jour une salle de 800m2 où il exposera 874 peintures et sculptures.
Il expose aussi place Peyret, à ciel ouvert.
Au Château, il fera 2 expositions.
Dans le passé, il a déjà exposé à Ile-Rousse et Calvi en Corse.
A Paris, la galerie Nesle – à Saint-Germain-des-Près – il expose avec une douzaine de peintres dont, entre autres, Léger, Marie Laurencin, Miró et Picasso.
Il s’est borné à ne vendre qu’une cinquantaine de toiles, préférant en offrir probablement environ 500.
Il estime avoir produit environ 2000 toiles.
Sa dernière exposition date de 2007 : le siège social de la BNP de Nice lui donne l’occasion de présenter 40 de ses « huiles ». Prévu pour y rester 15 jours, il y restera 2 mois.

 

La presse a parlé de lui

Riochet a toujours refusé que la presse parle de lui.
La presse s’en est parfois foutu.
Il accorde un entretien de 5 minutes à TF1 sur le travail des secrétaires, un entretien à France-Culture sur Marx, à France-Inter sur un de ses voyages, à France-Bleue-Lozère sur le peintre mal-voyant qu’il est.
Pour La Marseillaise, quotidien communiste, il ‘concède’ une page entière.
La Correspondance de la Presse lui arrachera un entretien sur la publicité. Il faut dire que sous le nom de Christian Caumer, il écrit dans Stratégies, journal destiné aux publicitaires, un article contre la publicité. Dans la Nouvelle Critique (revue du PCF) sous le nom de Christian Riochet, il insulte Christian Caumer qui ne comprend rien à ce marketing.
Ce journal Stratégies lui consacrera un entretien qu’il accepte. Il est alors surnommé par cette revue professionnelle  : « l’oreille ». Il parait qu’il sait écouter.
Pour les 30 ans d’existence du journal, Stratégies organise une fête au Rex à Paris au cours de laquelle comme les autres journalistes il est présenté. Comme il n’y a pas été, il ne sait pas ce qui a été dit.
La bibliothèque de Beaubourg lui demande la récollection de ses articles. Il apprend à cette occasion avec stupeur que 27000 pages sont numérisées. Il donne son accord.
Une revue « Médias » à Londres lui consacre 2 pages. Comme il ne lit pas l’anglais, il n’a pas su ce qu’on disait de lui.

 

Un éditeur

Il a été pendant près de 10 ans directeur des Editions du Pavillon fondées et dirigées par Roger Maria. Il se présente en 1985 à la présidence du Syndicat National de l’Edition (SNE), élection pour laquelle il obtient deux voix, celle de Jérôme Lindon, président des éditions de Minuit et la sienne.

 

Un coursier


En 1990, il décide d’abandonner toute activité professionnelle pour se consacrer à un “Marx-Le-Capital” : il choisit mille citations de “Das Kapital” qu’il décide d’analyser mot à mot. Ce travail lui prendra 7 ans. Pour toutefois se nourrir, il devient coursier à bicyclette pour Télépro, le Télé 7 jours belge. Il faut dire que depuis 30 ans, il pratique le vélo dans la capitale.
Il adore aussi le footing qu’il pratique presque tous les jours pendant 20 ans au bois de Vincennes, souvent avec Michel Clouscard, le philosophe ancien sprinter de l’équipe de France.

 

 

Une frénésie d’écriture

Il est l’auteur de plus de 300 ouvrages : recherche fondamentale, biographies (il est l’auteur de la seule biographie d’Henri Krazuki qu’il a rédigée avec sa collaboration), théâtre, poésie, contes, autobiographie, nouvelles, romans policiers, essais polémiques. Tous ces ouvrages sont restés volontairement inédits, sauf « Pour une anthropologie marxiste-leniniste » et « Le mot des morts », recueil des dernières phrases supposées des grands de ce monde. Cet ouvrage, en collaboration avec l’écrivain et acteur Jean-Marie Proslier, a été édité par les éditions Milan.
Il travaille aussi à un ouvrage collectif “La parfaite secrétaire” (les éditions allemandes Weka). Il rédige des notes pratiques pour aider par exemple à téléphoner, faxer ou photocopier.

 

Il apprend à écrire

A la fin des années 1980, il estime qu’il est temps pour lui d’apprendre à écrire. Il répète souvent qu’il faut faire de sa langue maternelle une langue étrangère. Pendant plusieurs mois, il va rencontrer chez eux des écrivains qui vont avoir l’extrême amabilité de bien vouloir l’aider à maitriser son écriture. C’est ainsi qu’il rencontre Anette Ferrière, Monique Houssin, Régine Deforges, Anny Duperey, Catherine Du Pontavice, Victor Lanoux, Michel Fournier, François Nourissier, Didier Daeninckx, Paul-Loup Sulitzer, Vladimir Jankélévitch, Michel Clouscard, Robert Morel, Raymond Devos, Alphonse Boudard, Victor Haïm, Lucien Bodard et Eric Orsenna.

Hervé Bazin

 

1995-2002 : sonneur de cloches

Audonien – c’est ainsi que se nomment les habitants de Saint-Ouen 93, banlieue parisienne – depuis une dizaine d’années, Riochet passe un beau jour sur le parvis de l’église diocésaine de la ville. Cette église est juste en face du MacDo, ce qui fait que les Audoniens l’appellent l’église du MacDo. Il entend là le curé dire que plus personne ne veut tirer les cloches, il s’arrête et propose ses services. Le curé connait Riochet et il sait qu’il est un ardent communiste. La ville de Saint-Ouen, bastion du PCF, a décreté il y a plusieurs années l’interdiction de tirer les cloches. La connerie humaine peut arriver à ces extrémités. De 1995 à 2002, date de son départ de la capitale, Riochet va donc tirer les cloches. Aux baptêmes, aux mariages, aux enterrements, aux fêtes religieuses, il a la responsabilité de tirer les cordes des 4 cloches situées à 18 mètres de hauteur. Cette assiduité lui permet de rentrer dans une certaine intimité avec les servants de la messe. Il a pour habitude, alors que les prêtres se préparent, de leur raconter des blagues qui les emportent dans des éclats de rire tonitruants. Par exemple, il racontera devant l’évêque de Paris, venu servir une messe solennelle, sa blague préférée : C’est le Christ qui se trouve avec les 12 apôtres devant le Jourdain qu’il faut traverser. Le Christ leur ordonne d’ôter leur djellaba et de traverser à la nage. Lui marche sur l’eau. Jean, toujours lèche-cul, lui dit : « tu ne nages pas avec nous ? » Le Christ, amusé, répond que lui non. Jean lui dit alors : « T’es con, elle bonne! »
Ainsi donc, Riochet s’enchanta de tirer ces cloches pendant 7 ans. Chiffre typique de chaque famille dans la bible. En tout particulier, le 24 décembre pour la messe de minuit, jour de son anniversaire, il a volonté et autorisation de branler ces cloches pendant 10 minutes. Pendant ce carillonage à 10 mètres du sol, installé sur le balcon du clocher au vue et au su de tout le monde, il pose une religieuse que le pâtissier lui a fabriqué à cette occasion et la mange. Une religieuse au café.
Riochet est athé et à café.
Devenu expert, il prévient le curé que son objectif est de parvenir à sonner, à termes, l’International.
Les commerçants de cette ville de 40000 habitants lui demandent quelquefois de venir tirer les cloches avec lui. C’est ainsi qu’en autres, il eut l’occasion d’avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière.
Un jour, dans l’avenue principale – avenue Garibaldi – un homme respectable l’interpelle : « Est-ce bien vous qui tirez les cloches ? Monsieur, vous ne tirez pas les cloches ». Stupéfié, Riochet l’interroge des yeux. L’homme lui déclare tout de go : « Monsieur, vous ne tirez pas les cloches, vous faites de la musique. »
Diabulus in musica.
Depuis qu’il est parti, les cloches ne sonnent plus.

 

Jean Camion et les sciences dures

Jean Camion (1912-2003) était poète, peintre, propriétaire d’une galerie à Saint-Germain-des-Près à Paris, architecte, mathématicien, physicien, chimiste (Académie des Sciences de Bruxelles), linguiste et phonéticien. Il invente la « phonergie » mise en correspondance du son et du mot, phonergie qui permet une traduction instantanée. Violoncelliste de l’orchestre de Bruxelles, il fut aussi sprinter (champion de Belgique). On se souvient peut-être de lui : c’est le premier homme qui, en course à pied, a battu un cheval pur sang. Ami de Riochet, il le convint au début des années 1990 d’arrêter un temps sa retraite et son vélo de coursier pour prendre la présidence de l’Association des Amis de Jean Camion. Au cours de cette présidence, Riochet va animer dans les locaux de l’école Polytechnique des sessions de recherches fondamentales. Il propose à une quarantaine de savants de définir la matière comme étant un capital intersubjectif circulant.
Il profite de cette présidence pour rédiger une biographie de Jean Camion qui sera tirée à 1000 exemplaires.

 

Les P’tits Livres

Depuis quelques années, contraint par sa vue, il a trouvé une solution pratique pour lui. Il rédige dans ce qu’il appelle « Les P’tits Livres ».
Au format 9x9cm, il écrit au stylo feutre. Chaque volume fait entre 150 à 200 pages. Il les broche lui-même et fabrique un boitier où il les range.
Il a ainsi d’abord écrit « Ou Quoi ». Le titre « Ou Quoi » vient de cette réplique :
– « Tu es aveugle, ou quoi ? »
– « Ou quoi ».
Il se livre là à une course un peu folle de concepts qui le conduisent au mapisme, Marxisme-Anarcho-Poétique. Au bout des 21500 pages, épuisé, il abandonne la course poursuite.
Insatisfait, il entreprend d’écrire « Variations sur le Corps ». Il se persuade de ce que le corps est une porte d’entrée épistémologique extrêmement enrichissante. Le texte fait environ 2500 pages, c’est-à-dire 250 pages standard.
Insatisfait, il entreprend la rédaction – toujours en cours – de « L’économie de l’ombre, essai sur le procès de corruption ». Il cherche à démontrer que le capitalisme est une économie de l’ombre que le procès de corruption installe peu à peu depuis ce qu’il appelle la U-caverne. Pour lui, la U-caverne complète assez plaisamment le mythe de la caverne de Platon. Il vient de franchir, en Janvier 2017, les 500 pages format 9x9cm. Il n’a aucune idée du nombre de pages qu’il va consacrer à cette étude mapiste.
Enchanté par ces P’tits Livres, il conçoit une maison d’éditions industriellement artisanale. Il s’auto-édite à 1 exemplaire. Il rédige ainsi par exemple les ”P’tits Pouèmes”, recueil d’aïku illustrés au pastel ou à l’aquarelle. Il en est au 621ème. Embarqué dans cette entreprise folle, il se trouve aujourd’hui (2017) à la tête d’un catalogue de plus de 70 titres. Certains de ces P’tits Livres lui permettent de s’adonner à une de ses passions : le collage.
Avant la découverte des P’tits Livres, il utilisait des livres blancs de petit format. Par exemple, il rédige sur un petit livre blanc qui a comme couverture l’affiche du film « Autant en emporte le vent » un fameux (pour lui) « Conseils aux amoureux » où il cherche à être d’un hyper-réalisme radical.
Intrigué par la collection Arlequin, il rencontre en 1978 le PDG Christian Malavoy (frère de l’acteur Christophe Malavoy). Celui-ci lui explique comment sont rédigés les Arlequin. Il s’agit d’une équipe d’écrivains dispersés dans le monde, chacun spécialisé sur une scène : la rencontre, la scène d’amour, la rupture, etc. Les logiciels aujourd’hui font cela couramment. L’auteur d’un Arlequin est donc un multiple-mains. Chacun des titres est testé auprès du public par ce que les éditions Arlequin nomme un « fantôme »: un Arlequin qui n’a que la première et quatrième de couverture et qui est un livre blanc. Le PDG lui offre un exemplaire : « L’amour dicte sa loi ». Aussitôt rentré chez lui, Riochet rédige cet « L’amour dicte sa loi ». Il en est fier comme un petit banc. Il est donc aussi l’auteur d’un Arlequin, suivant scrupuleusement le récit esquissé en quatrième de couverture.
Il s’amuse aussi à légender des cahiers de coloriage pour enfants.

 

Anny Duperey

Avec Anny Duperey, il entretient une longue correspondance de plus de 1000 pages. Il n’a jamais souhaité la publier.

 

Un carnet de bord

Insatisfait, pour alléger, sa tâche il tient depuis 2007 un Carnet de bord: un journal quotidien rédigé dans un agenda de bureau. Une page par jour. Ce qui fait, en tout état de cause, 3750 pages à ce jour.

 

60 K7

Comme il écoute beaucoup la radio (il n’a pas plus de télévision, de tablette que de voiture), il décide de réaliser des enregistrements audio sur un antique magnétophone-K7. Il produit ainsi 60 enregistrements de 90 minutes, sur des thèmes divers comme la poésie, l’inter-subjectif, l’écriture ou la musique.
Il faut dire qu’il avait déjà réalisé une cassette de ce genre pour les éditions Arlequin. Celle-là donnait une étude de l’amour faite auprès d’une douzaine de personnalités parisiennes. Celle-là, il l’avait dument vendue.

 

Il est aussi dans “Les fesses de mon bouc”

Sur FaceBook (qu’il appelle « Les fesses de mon bouc »), il a publié une chronique quotidienne : « Là oui, je marche », qui compte un peu plus de 2000 pages. Lorsqu’il publie ici un ‘manifeste communiste’, FaceBook censurera le texte le jour même.
Sur YouTube (qu’il appelle « TaTeube »), il a réalisé 80 vidéos. L’une d’elle titrée “Baise arabe” montre une main qui cherche à séduire une de ses sculptures sur pierre “La douleur”. Grâce à ce titre absurde, il peut se vanter d’avoir dépassé les 20000 vues. Il se lance aussi dans la réalisation de ‘Un film’, un long métrage sinon pornograqhique du moins érotique qui met en scène la copulation passionnée de deux mains (Un film ‘Mano’).

 

Eternel insatisfait

Il est aussi peintre, illustrateur, il pratique le collage. Sculpteur, il adore siffler. Il fait des gammes pratiquement tous les jours depuis l’âge de 7 ans. Il garde une admiration sans bornes pour Micheline Dax, cette comédienne française qui fut la seule à maintenir cette tradition qu’il regrette profondément. Photographe et aussi cuisinier, ses parents tenaient un restaurant de plats marocains. Il est donc fils d’un authentique marchand de couscous.

 

Sa santé et sa fortune

1m62, 57 kilos. Il lui reste 9 dents.
“Bénéficiaire” du minimum vieillesse AH, Adulte Handicapé – 800€/mois – il n’a aucune autre ressource et ne détient aucun patrimoine, ni non plus un compte en Suisse ou aux Iles Caïman.
Il est locataire de son logement.

 

Son fils Julien

Son fils Julien Caumer, Julien de Casabianca, né en 1970, était journaliste d’investigation et écrivain, auteur de plusieurs ouvrages dont « Les dossiers RG » (Flammarion). Il co-produit des émissions de télévision et des clips (jazz). Il dirige un festival de jazz en Corse. Il est maintenant réalisateur de films.

 

De Riochet.com à R.net

En 1999, il crée et dirige BabelGame.org, un site destiné aux amateurs et aux professionnels de jeux vidéos.
En 2002, il lance, avec Anne Samson, Riochet.com. Ce site à but non lucratif publiera plus de 5000 pages et plus de 2000 illustrations. Dans ce même cadre, il édite Souvignargues.com, qui fait la chronique du village de 816 habitants où il vit alors, à proximité de Nîmes. Il interrompt ce site en 2015. R.net reprend en somme le flambeau en 2017.

 

Bibliographie


La bibliothèque aux manuscrits. Maman Flocon est sur ses genoux.
Photo Flamenca.

Voici quelques-uns de ses livres :

2017L’économie de l’ombre, essai sur le procès de corruption. En cours de rédaction (il en est à la 700ème page)
2016Variations sur le corps
2013-2016 Ou quoi
2010Ma lutte des classes, 40 ans après
2009Manifeste communiste (pamphlet)
2005L’Amour est l’alibi du crime, Analyse du fonctionnement de l’idéologie politique inter-subjective (pamphlet)
1998Le bon vieux Pépé (roman sur la mafia)
1991Monsieur K. (unique biographie d’Henri Krasucki)
1990-2010 Conneries (aphorismes)
1990Le capital intersubjectif (essai)
1989-1992 Le plaisir de rompre (correspondance échangée avec Anny Duperey et une pièce de théâtre qu’il écrite pour elle)
1983-1986 60 entretiens-portraits (publiés dans Faits et Chiffres de l’Édition, l’Humanité, l’Humanité Dimanche et la Vie Ouvrière)
1982-2000 Soldat du chien (épopée en vers libres), Jour de fête (fable)
1981La classe sociale de Monsieur (pièce de théâtre d’une série de 5, d’un ensemble de 32)
1980Le tric-trac d’Héraclite (biographie)
1978Gros ours (contes pour enfants)
1973Pour une anthropologie marxiste-léniniste (mémoire de maitrise de philosophie, Sorbonne 1968), La Condition féminine
1972-1982 Journal (4000 pages)
1970-1984 Populations et subsistances – Histoire de la production et de la reproduction (thèse d’état en démographie historique, École des Hautes Études en Sciences Sociales, sous la direction de Jacques Dupaquier)
1958La revue du lycée de Casabianca (Bastiat) publie de lui 2 poèmes sur Van Gogh
1956Igor Markiévitch (roman)

 

 


« Je suis chercheur de mots.
Je suis devenu très vite chercheur de mots.
Je n’en ai pas trouvé beaucoup, bien qu’il paraitrait qu’ils soient forts nombreux.
Deux seuls prirent de la valeur: un mot complexe et un mot simple.
Le complexe est ‘intersubjectivité’ et le simple est ‘paix’.
Je m’emploie à en comprendre la structure interne et les éléments d’apparence.
Enfin je recherche les formes de combinaisons possibles entre eux.
Il faut rendre sa langue maternelle étrangère.
Les mots sont des chats. »

Riochet